Mazamet, riche d’un glorieux passé

De tous temps, Mazamet a été une terre “convoitée”. Ainsi, les Volques et les Wisigoths sont les peuples qui édifient les premières fortifications. Plus tard, les cathares et les huguenots y trouvent un refuge pendant les terribles guerres de Religion.

La paix revenue, c’est par ses industries que l’on connaît Mazamet : au XVIIIème, les tissus de qualité qui sortent des manufactures portent le nom de ” mazamet ” et au XIXème siècle, Mazamet devient le centre mondial du traitement des peaux de moutons, en créant une industrie novatrice : le délainage, très vite associée à la mégisserie.

Aujourd’hui la laine n’est plus omniprésente mais certaines rues portent toujours les noms de Sydney, La Plata, Bradford, Buenos-Aires… et en vous baladant dans le centre-ville, vous y verrez des maisons d’exception à l’architecture originale. Héritages de la faste période du délainage, de belles demeures aux styles fort variés (Néoclassique, palladien et d’inspiration sud-américaine) trônent au cœur d’un écrin fleuri et arboré.

La Ville de Mazamet reste attachée à son histoire marquée par la destruction du village d’Hautpoul au XIIème siècle par Simon de Montfort et sa riche tradition industrielle et commerciale dont sa nouvelle dynamique a hérité.

En effet, le savoir-faire dans la pratique du commerce international est à la base de nouvelles créations d’activités qui favorisent la diversification du tissu industriel local.

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La préhistoire

Les premières traces de la vie dans la région de Mazamet remontent au magdalénien (10 000 ans av. J.C.). Des témoignages de cette activité ont été retrouvés dans la grotte de Lacalm, près d’Aiguefonde.

Plus tard, les hommes du néolithique laissent des monuments mégalithiques, comme le dolmen du Plo de Laganthe à Labastide Rouairoux ou à Mazamet, le menhir des Prats (à côté de la ferme des Prats, non loin de la rivière du Thoré) qui mesure 4 m 50 : c’est l’un des plus haut de la région.

A l’époque gauloise, la région de Mazamet faisait partie du territoire des Volques. A la période romaine, la vallée du Thoré devient une importante voie commerciale. En témoigne la voie romaine connue sous le nom de « chemin de la Jamarié », qui relie toujours Mazamet à Hautpoul.

La fondation d’Hautpoul

Dès l’Antiquité, Hautpoul est pour Carcassonne un observatoire et avant-poste défensif de premier ordre : l’éperon rocheux permet d’avoir l’œil sur les vallées du Thoré, de l’Arnette, du Linoubre et de l’Arn. Le contrôle sur la voie de l’albigeois s’impose.

Il n’existe pas de texte fiable qui fasse mention d’Hautpoul avant le Xe siècle, mais sa position stratégique a pu être exploitée successivement par les Volsques, les Romains et les Wisigoths. Les Romains ont pu contribuer à la formation du nom d’Hautpoul : le nom « Altpol », attesté au VIe siècle et qui deviendra “Hautpoul”, serait la corruption du latin «altum podium» (la butte élevée).

Une vieille légende raconte qu’Hautpoul a été fondé par ATHAULF, roi des Wisigoths, en 413. Le bourg d’Hautpoul n’a jamais été fouillé méthodiquement, mais l’histoire infirme la légende : les Wisigoths ont pu passer à Hautpoul, mais ne se sont pas fixés à cette période.

Plus tard, du VIe au VIIIe siècle, la frontière de la Septimanie Wisigothique s’arrêtait probablement à la crête de la Montagne Noire, au sud de Mazamet. Après 533, sous le règne du roi Childebert Ier (4e fils de Clovis), Hautpoul était en zone franque sans qu’il n’y ait d’occupation attestée. Jusqu’en 588 au moins, sa situation frontalière a pu faire qu’Hautpoul ait souvent changé de maître, appartenant au plus fort. Mais il y a ces indices, que vous pourrez rechercher à Hautpoul : les strates en épis de certains murs, motifs utilisés par les Romains (opus spicatum) que l’on retrouve dans l’architecture Wisigothique. Il est permis de supposer que les Wisigoths de la Septimanie aient réussi à étendre leur domination jusqu’à Hautpoul et à y élever (ou relever ?) des défenses au VIIe s.

La fondation de Mazamet

Nichée au pied de la Montagne Noire, Mazamet est une ville descendue de la montagne, de ce nid d’aigle surveillant la vallée qu’est Hautpoul.

Dans une charte du XIIIe siècle, Jourdain de Saissac, seigneur d’Hautpoul, accorde avantage aux habitants d’Hautpoul et du Mas qui borde la rivière Arnette.Ce « Mas Arnette » est peut-être, par déformation, à l’origine de Mazamet. D’autres hypothèses ont toutefois été avancées : Mas Aïmat (le mas aimé) ou Mas Tsamès (en Patois, le mas de Saint-Jacques, paroisse de Mazamet).

Le premier document à employer la dénomination « Mazamet » pour désigner la bourgade, date du XVe siècle.
En 1462, Mazamet est déjà une ville avec forteresse et mur d’enceinte et comptera plus de cinq cent habitants dans les premières années du XVIe siècle.

Les guerres de religion

Hautpoul au Moyen-âge, puis Mazamet aux XVIe et XVIIe siècles, seront le théâtre de guerres de religion sanglantes. Les habitants de la région, au caractère dur et rebelle, éloignés de tout pouvoir central, sont séduits par l’esprit d’opposition et de tolérance de la Réforme Protestante, qui n’est pas sans réveiller le souvenir encore vif du catharisme.
 

Durant les guerres qui opposent catholiques et protestants, Mazamet est très tôt du côté de la Réforme et sert de « réserve de guerre » pour les protestants. Sous le règne d’Henri IV, elle connaît un répit de courte durée, mais la guerre reprend sous Louis XIII et Mazamet est détruite en 1628 par les armées du Prince de Condé. Elle se relève de ses cendres, mais ne connaît pas de paix avant la fin du XVIIe siècle.

L’essor économique

La paix revenue, c’est par ses manufactures que l’on connaît Mazamet : en 1586, Mazamet apparaît officiellement comme un véritable centre textile. La ville se spécialise dès lors dans la fabrication de draps de laine appelés « cordelats ».Au début du XVIIIe siècle, on fabrique à Mazamet du tissu, du papier et du carton.
Peu à peu, le textile se développe, au détriment de la papeterie. L’essor de la production textile mazamétaine s’accentue dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, tant en qualité qu’en quantité, avec le développement des ventes au Canada. Des tissus de qualité qui sortent des manufactures portent le nom de ” mazamet “.

Toutefois, la valeur ajoutée procurée par la teinture et les apprêts échappe aux fabricants locaux pour bénéficier aux intermédiaires. A la fin du XVIIIe siècle, les entrepreneurs mazamétains Louis Valade et Pierre Olombel, décident de réaliser sur place l’ennoblissement de leurs produits. Parallèlement, ils se passent des intermédiaires pour la vente des marchandises et partent à la conquête des marchés. Leur organisation de tournées de représentants dans la France entière est remarquable pour l’époque.Un nom est ensuite associé à toutes les innovations : Pierre Élie Houlès, fabriquant de tissus et gendre de Pierre Olombel. Il s’affirme sur le marché parisien et son successeur Ferdinand Cormouls sur celui de Londres.

Maréchal Soult

Grâce à son dynamisme et à son sens des affaires, Pierre Élie Houlès remportent l’appel d’offres lancé aux fabricants de Castres et de Mazamet pour tisser les draperies de l’armée lancé par le Maréchal Soult, Président du Conseil en 1832, et originaire de la région. Ce marché développe un peu plus l’activité textile de la ville.

L’épopée industrielle

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, l’essor de l’activité textile mazamétaine est contrarié par des problèmes d’approvisionnement en matière première. A cette époque, la laine provient exclusivement de la tonte des moutons du Languedoc, de Provence et d’Espagne. Il faut trouver un moyen de surmonter cette difficulté.

C’est ainsi qu’un industriel, Pierre Élie Houlès, a l’idée en 1851, d’importer des peaux de mouton d’Argentine. Quelques années sont nécessaires à la mise au point de la technique originale du ” délainage à l’échauffe ” qui permet pour la première fois de séparer la laine du cuir sans endommager l’une ou l’autre de ces matières.

C’est en partie grâce aux eaux exceptionnellement douces (dépourvues de calcaire) de l’Arnette que le délainage peut se développer dans la région. En effet, le procédé étant entièrement biologique et utilisant la fermentation, une eau calcaire provoquerait un dépôt autour du poil au niveau du pore, empêchant ainsi sa libération.

Dès 1870, les industriels mazamétains installent des comptoirs d’achat de peaux lainées dans les principaux pays producteurs, revendent la laine aux grands centres textiles et les peaux « délainées » aux mégisseries, notamment à Graulhet (Tarn), sous l’appellation « cuirot ».

Dans les années 1880, la crise du textile favorise la reconversion des usines dans le délainage, plus rentable. Les usines de délainage se multiplient si bien qu’en 1912, année record, plus de 32 millions de peaux de mouton sont traitées à Mazamet !

Rapidement, Mazamet devient le centre mondial du délainage : elle est connue dans les principaux pays d’approvisionnement en peaux lainées (Argentine, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Maghreb), et dans les pays acheteurs de laine (Toute l’Europe, États-Unis, Russie). La principale qualité de Mazamet est de pouvoir fournir en très peu de temps tous les types de laines de moutons originaires de l’hémisphère sud.
Vers 1970, cette formidable épopée touche à sa fin, peu à peu supplantée par les fibres synthétiques et la concurrence des pays asiatiques.